PETITE RESISTANCE #6

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PETITE RESISTANCE #5

PETITE RESISTANCE #4
 

PHALAENOPSIS

Phalaenopsis est une orchidée papillon de nuit qui à l’air de -

Le mot «Orchidée» vient du latin orchis - avec l’influence du grec «orkhidion»

qui signifie testicule, en référence à la forme des tubercules souterrains qu’elle

possède. Sa fleur en guise de tête, culminante à la tige

est souvent comparée à celle d’une vulve.

C’est la réunion des deux sexes en une seule plante.

L’évocation

Un leurre

 

Je suis allé la planter dans une forêt, aux abords d’une rivière.

C’était le rite d’un passage.

D’un état à un autre.

La symbolique de s’affranchir d’une forme d’autorité.

L’abandon de la maitrise et de la manipulation pour la liberté.

L’orchidée c’est la plante à fleur qu’on offre.

Je vous l’offre volontiers à mon tour.

Il suffit de la prendre.

Partir d’ici

Sortir de la ville et trouver

un espace de libération.

Creuser

Déposer / Planter

PELOUSE REBELLE, photographie numérique, 2016 


PETITE RESISTANCE #3

Hier au travail j'étais celui de 11h.
Et quand tu es celui de 11h, tu as un certain nombre de choses à faire, de tâches à effectuer, qui te sont propres car tu es le seul à être celui de 11h. 

La tâche la plus importante est de couper le pain. 
Il y a de grandes caisses bleues qui peuvent contenir une bonne cinquantaine de pains, tu dois t'en occuper.
Évidemment il y a un temps imparti pour faire toutes les caisses. Le temps se mesure en pains. 
Au départ le geste est maladroit et inefficace mais arrivé au cinquantième je commence à avoir le geste. 
Je suis bien plus rapide à la fin qu'au début. Parce que le geste est beaucoup plus mécanique. 
Je suis dans le rendement, dans l'efficacité, ça marche, tout est bon. 


 

Un moment, dans le geste, en plein dedans, je décide volontairement de ne pas en couper un. 
De le laisser comme ça, brut. 
C'est un détail, mais c'est ce genre de détail que les collègues relèvent pendant le service,
car tu as du monde, c'est la pleine bourre et un pain pas coupé ça va te demander 20 seconde de plus. 
Alors ils râlent et te disent que tu as mal fait ton travail.
Et personne n'a envie de ça. 

 

Pendant le service, je repense à ce pain, là quelque part, entier et seul, perdu dans l'une de ces boîtes. 
Alors, par peur qu'on me fasse une remarque, je décide d'avouer. 
Donc je prends les devants, je raconte.  


 

"Bon je vous le dis à tous, dans un de nos bacs à pain, j'ai volontairement laissé un pain pas coupé.
Un oubli volontaire. 
J'ai eu besoin de le faire, simplement pour nous rappeler, quand il arrivera, que nous ne sommes pas des machines" 

Le pain arrive.

Aucun reproche, juste des sourires. 

Je crois que c'est ça, la mesure du pain.

AML
2015

PETITE RÉSISTANCE #2

Il y a un rond point.
Plus loin, un homme avance, longeant cette ligne droite qui lui est aménagé, un trottoir.
Une zone de ralentissement qui dessert 4 artères. 
Un mouvement giratoire effectué autour d’un seul et même axe. 
Fluide 
Cet homme marche. Il marche normal et constant. 
Bientôt, il rentre dans cette giration. 
Il continue sa marche passant du trottoir au passage clouté, de l’un à l’autre sans jamais s’arrêter, ni ne sembler avoir un but rationnellement déterminé, un point d’arriver. 
Il circule 
Sa révolution sera bientôt accompagnée des autres. Marcheurs, flâneurs, venus d’ailleurs, se retrouvent, comme attirés par une force linéaire, invisible et gravitationnelle, mais toujours à distance du point rond, sur les lignes, les couloirs de distribution aménagés. 
De plus en plus de personnes se retrouvent les unes derrière les autres, marchant et formant finalement une boucle fermée. 
Il y a une distance nécessaire entre chaque, montrant qu’ils ne s’agit pas d’un groupe mais simplement d’une suite arrangée de personnes, qui se retrouvent la, à un moment T, éphémère. 
Une forme de dérive contrôlée. 
Une irrationalité en vue d’une fin. Une irrationalité déterminée. 
Peu à peu, les artères se remplissent, bouchonnent puis un éclatement non violent chamboule, détruit l’ordre du quotidien, de la bonne circulation.
Un T pause, qui suspend la mécanique des foules. 

AML
2013

PETITE RÉSISTANCE #1

L’herbe qui roule ou l’indien Hopi

Un tumbleweed est, chez certaines plantes poussant dans les déserts du nord des Etats-Unis, la partie hors du sol qui, une fois mûre et sèche, se sépare de la racine.
L’ensemble de tiges ramifiées, de formes approximativement sphérique, peut alors se mettre à rouler au gré du vent.
A l’automne, la plante formant le virevoltant atteint sa taille maximale et se dessèche. Elle casse alors au niveau de la racine et peut se mettre à rouler.
Le mécanisme de reproduction commence. En roulant, certaines espèces répandent environ 250 000 graines de semence.

Il y a un tumbleweed qui se détache puis s’en va.
Il y a une clôture de barbelé qui sépare, qui limite et parcelle un paysage de désert.

Sur sa route aléatoire, non déterminée, balayer par le vent le tumbleweed avance.
Il est prit d’un souffle la liberté qu’il répand. Il participe au présent du verbe virevolter.

Le barbelé est garni de pointe pour faire office de défense ou de clôture.
Inventée en 1874 par un agriculteur américain, Joseph Glidden, pour clôturer les propriétés des Grandes Plaines, le fil de fer barbelé est immédiatement devenu un outil politique de première importance.
En moins d’un siècle et demi, il a servi à enclore les terres des Indiens d’Amérique, à enfermer des populations entières.

Plus tard, en hiver, le western commence.
La figure de désolation ne vient pas de l’herbe, mais du Glidden qui la stop, net.
Il y a un affrontement silencieux, un face à face froid et craquant.
Des masses énormes de tumbleweed sont prient dans les clôtures, qui tentent fatalement de reprendre leurs envols, de repartir aux vents, sans réussite.

Des murs entiers se construisent avec les herbes qui s’amoncellent. Un temps défectif où maintenant ils gisent ensemble.

Les histoires trainent et se perdent, sans qu’un au-delà soit possible, peut être.
Il a fallut abandonner le temps et rentrer dans l’errance pour qu’enfin la forme permette un éventuel changement.
L’herbe qui roule encore avance, et devant elle, un massif de mort, prisonnier de Glidden.
Portée par un vent du sud, elle roule plus vite et plus déterminée encore, comme d’autres auparavant.
Mais cette fois-ci, dans la chaleur aride de l’été, l’herbe qui roule encore, passe, à l’aide du massif, par dessus la clôture, pour continuer sa route, enfin.

AML
2013